De tous les grands génies de la haute renaissance florentine, parmi lesquels il y a Raphaël, Michel-Ange et Léonard de Vinci, il en est un, peu connu, qui ne fut jamais célébré à la hauteur de son singulier talent.
Piero di Cosimo (1462-1521), qui porta toute sa vie comme nom le prénom de son maître, Cosimo Rosselli, parce qu'il le considérait comme son propre père, fut pourtant un peintre audacieux et révolutionnaire.
Choisi à l'age de 19 ans par son maître pour peindre avec lui les fresques que le pape Sixte IV lui avait commandées pour la chapelle dite précisément "Sixtine", il surpassa très vite Rosselli qui lui confiait désormais les parties les plus difficiles de ses ouvrages.
Il fut le rival de Botticelli et le complice de Léonard de Vinci.
Sa puissante originalité de pensée et l'étrangeté de ses goûts firent scandale dans la Florence de Laurent de Médicis et de Savonarole.
Il fut, en effet, le premier peintre au monde à décrire la vie des hommes de la préhistoire à travers une incroyable série de tableaux mythologiques. Les deux merveilleuses peintures du Métropolitan Museum of Art de New York "Scène de chasse" et "Le retour de la chasse", mais aussi "Découverte du miel" du Worcester Art Museum, Massachussets, constituent les épisodes d'une histoire de l'humanité primitive dans laquelle les hommes se battent parmi les bêtes féroces, les satyres et les centaures.
Mais la plus étonnante de ses oeuvres est visible à la National Gallery de Londres. Il s'agit du "Combat des Centaures et des Lapithes" peinte vers 1507 et inspirée par les récits d'Ovide, dans laquelle il déploie tout son caractère et toute sa volonté de transgression.
Deuxième étude d'après le massacre des Innocents de Nicolas Poussin. Pigments, huile & acrylique sur toile, 100X100cm, 2005.
Ainsi, cet homme qui peignit la vie primitive vécût comme un véritable sauvage lui-même. Au XVIème siècle, Vasari écrit de lui dans sa "Vie des peintres illustres": "Toujours enfermé, et ne permettant à personne de le voir travailler,il ne voulait pas qu'on balayât ses chambres ni qu'on cultivât son jardin. Sa vigne rampait à terre, ses figuiers et ses autres arbres n'étaient jamais élagués. Il lui fallait des choses en cet état pour qu'il les trouvât bien; les soins de l'homme n'étant bons, selon lui, qu'à ôter aux productions de la nature leur vigueur et leurs beautés...".
Piero s'isolait dans une atmosphère proche de ses tableaux. Il est l'artiste de la renaissance qui a refusé la séparation de l'oeuvre d'art et de la vie. Il devance de près de quatre siècles Gauguin et Van Gogh qui ont, eux aussi, recherché une telle synthèse de l'inventivité et du réel.