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Hétéronymie de la peinture.

Chez Francisco de Goya il y a deux peintures qui sont en relation d'opposition l'une à l'autre.

Il y a tout d'abord une peinture ennuyeuse, essentiellement de cour et de commande. En 1786, à l'âge de 40 ans, il est en effet nommé "Pintor del Rey". S'ensuivront en 1788 le portrait des ducs d'Osuna, en 1789 les portraits du roi Charles IV et de la reine Marie-Louise et en 1795, les portraits du duc et de la duchesse d'Albe...

Mais Goya est encore loin d'avoir délivré tout son génie. Sa vraie belle peinture, celle de la maturité, dépouillée de convenances et de conformisme, celle qui ouvre la voie vers la modernité est déjà perceptible dans certains travaux, notamment le "Saint François Borgia et le moribond pénitent" de 1788, "L'incendie" de 1793 et surtout la série des six petits tableaux de 1798 qui décrivent des scènes de sorcellerie parmi lesquels les "Sorciers volants", "La lampe du diable" et l'extraordinaire "Grand bouc".

C'est en 1810 qu'il commence à travailler sur les désastres et la barbarie de la guerre. Puis, en 1815 il peint "Les cannibales", toile injustement méconnue et enfouie au musée des beaux arts de Besançon qui représente l'archevêque de Quebec supplicié par les peaux rouges. Dans ces compositions il convoque désormais des assemblées de sorcières et d'antropophages, des faces bestiales, des diables et des personnages contorsionnés.

Mais c'est seulement à partir de 1821, à l'âge de 75 ans qu'il entame la plus personnelle et la plus ténébreuse de ses oeuvres: Le cycle des "peintures noires de la maison du sourd".


Sans titre, pigments et acrylique sur toile formant diptyque.100X160cm. 2003. Collection de M & Mme Mortier.

Goya vit alors dans un isolement relatif avec pour seule présence celle de sa jeune compagne Léocadia, âgée de 32 ans. Ces dernières peintures à la sombre palette, à la gamme réduite de couleurs, aux noirs profonds, abordent des thèmes angoissants. Il s'agit notamment de "Saturne dévorant ses enfants" d'après Rubens ou de "La rixe à coups de bâtons", toutes deux de 1823 et exposées au musée du Prado de Madrid. Ses toiles ne sont plus destinées qu'à lui-même et c'est dans cette ultime série qu'il tente de démontrer, selon sa théorie, que le beau peut aussi se révéler dans la laideur.
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